2 juin 2019 0 Commentaire

Une identité en construction

fingerprint-257037_640Quand je fais savoir à quelqu’un que j’ai été adoptée, je vois cette personne changer de visage, le malaise est palpable, tous y vont de leur tirade mêlant pitié et désolation. On me dit volontiers : « Oh, pardon, je suis désolé, je ne savais pas. » Mais voila, pour moi, ce fut une chance, un don et non un abandon, souvent on me parle des blessures des enfants adoptés et des difficultés des familles adoptantes.

La blessure originelle de l’abandon à peut-être cicatrisé mais pas grâce à l’amour de la famille adoptive ou au sentiment de filiation qu’elle a fait naître, mais plutôt par le choix inconscient d’avoir disposé d’un attachement sécurisant lors de mes premières années de vie, d’un attachement mature, proche et intuitif par rapport à mes besoins, m’obligeant à être loyale envers ma famille adoptive en répondant du mieux possible à leurs attentes.

J’ai craint, à juste titre que l’étiquette d’enfant abandonné ne me colle à la peau. Comme si, pour la société, cela faisait de moi une personne à part, marquée dans ma chair.

Puis la question des origines a resurgi avec force lors de certains événements de ma vie, naissance puis décès d’une frère suivi du divorce de mes parents, de l’éloignement de ma mère et pour finir le décès soudain de mon père.

J’avais 12 ans et j’ai vécu ce décès comme un abandon de plus, il m’a fallu l’aide d’un professionnel pendant 4 ans pour prendre conscience de mes émotions latentes et leur donner un nom, pour exprimer mes besoins non satisfaits en les légitimant sans les réprimer, pour enfin comprendre que je n’en était pas responsable. La victime n’est coupable de rien.

Malgré ça, comme tous les enfants abandonnés par leur père j’ai beaucoup de mal à s’adapter au monde et à la réalité, j’ai aussi peur des liens affectifs profonds qui peuvent devenir à leur tour des « déserteurs », et je me méfie des hommes.

En avançant en âge, la question de savoir d’où je viens se fait moins insistante, mais mon identité est toujours en construction.

La blessure de l’abandon m’a donné une force, c’est elle qui m’a donné ma grande sensibilité et mon ouverture au monde.

Letizia Doria

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